CO129-224 - Foreign Office - 1885 — Page 134

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revenus fiscaux de l'union douanière une source sérieuse de profits ultérieurs. Cette réforme ne pouvait nuire qu'aux trafiquants de concessions et de monopoles, chinois et autres, qui spéculaient sur les fantaisies de Norodom.

Le Gouvernement de la République ne renonçait certai- nement pas à réaliser progressivement, dans l'administration intérieure du royaume, les réformes dont les ordonnances mort-nées de 1877 avaient posé le principe; mais soucieux outre mesure de ménager les susceptibilités et les préjugés du roi, il se bornait à commencer par introduire un peu d'ordre de logique et de régularité dans l'assiette et la perception des taxes fiscales du royaume.

L'union douanière complétait excellemment à ce point de vue les résultats obtenus déjà par la remise à la régie colo- niale de Cochinchine de la perception des droits sur l'opium et sur les alcools,

Le roi Norodom fit mauvais accueil aux premières ouvertures concernant l'union douanière. Le gouverneur de la Cochinchine négocia bien avec succès au mois de mars 1884 une convention ayant pour but la création d'un tribunal mixte spécial connaissant des délits et contraven- tions en matière de contributions indirectes, mais il constata, au cours de ses négociations, que les dispositions du roi n'étaient rien moins que favorables.

Line dépêche ministérielle du 24 avril 1884 prescrivit néan- moins à M. le Gouverneur de la Cochinchine, tout en lui transmettant le texte définitif du projet d'union douanière, de se mettre en mesure de le faire accepter par notre protégé.

M. Thomson se disposa immédiatement à partir pour Phnom-Penh. « J'ai la certitude, télégraphiait-il cependant de Saigon, le 30 mai, de rencontrer de très grandes difficultés. » Le gouverneur était effectivement informé qu'en dépit des succès de nos armes au Tonkin, le roi semblait plus que jamais dominé par des influences hostiles à la France. Il existait même de très sérieuses raisons de se demander si ces influences ne tendaient pas à déterminer Norodom à rompre ses liens avec la France et à réclamer le patronage de puis-

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sances européennes qu'on lui représentait comme nos ennemies.

M. le Gouverneur Thomson arriva à Phnom-Penh le 4 juin.

Les incidents qui se sont produits dans cette capitale entre le jour de cette arrivée et la signature de la convention du 17 juin 1884, dont la ratification vous est demandée, ont été l'objet de tant de commentaires que votre commission estime qu'ils doivent être relatés avec une extrême précision.

M. Thomson fut reçu une première fois par le roi, le 5 juin; il obtint une seconde audience, le 7. Dans ces deux audiences le gouverneur s'efforça de démontrer à Norodom les avantages que le Cambodge et son souverain lui-même tireraient de l'union douanière; mais il se heurta à un parti pris opiniâtre de se dérober à la discussion. Le roi se bornait à répéter, comme une leçon apprise, dit M. Thomson dans son rapport, « que les ministres et les mandarins étaient unanimes à lui conseiller de ne pas signer une convention qui violerait les anciennes coutuines et détruirait le prestige royal; qu'il désirait s'en tenir à la lettre du traité de 1863 »; et formulant toujours ses protestations habituelles de dévoue- ment et de reconnaissance envers la France, il «< sollicitait la bienveillance du gouvernement de la République ».

Cette réponse n'était pas sérieuse. Il n'était douteux pour personne que les ministres cambodgiens, dont la situation, les biens, l'existence même dépendent du caprice royal n'avaient exercé aucune influence sur la détermination d'un prince qu'ils n'ont jamais osé contredire. Quant à l'argument liré des vieilles coutumes et du prestige royal, ce n'était évi- demment qu'un vain prétexte. Ces coutumes avaient permis auroi d'affermer ses douanes, en dérogation au traité de 1863, comme le lui faisait remarquer M. Thomson, à des étrangers chinois ou allemands. Quant au prestige royal, loin de perdre il ne pouvait que gagner en raison directe du bon ordre et de l'accroissement des richesses qu'une sage administration assurerait au Cambodge. Norodom ne pouvait, d'ailleurs,

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